Brème

La nuit s’annonçait douce sous ce ciel étoilé. Notre ami corbeau, n’ayant plus de fromage, lissait son plumage quand il entendit un groupe s’approcher. Il se perdit dans le feuillage pour mieux voir qui venait. Il voyait un coq suivit de quatre compères qui allait chantant.

« Nous allons à Brème.
Nous allons chanter,
chanter sur les planches,
Sur le planches de Brème »

Ils répétaient infatigablement cette lancinante chanson. Après un moment de réflexion, il se décida à aller à leur rencontre. Les cinq compères s’arrêtèrent net en voyant le corbeau au détour d’un arbre. Ce dernier les toisa sans un mot en s’avançant vers eux. Ils étaient cloués sur place. Avec l’oeil qui brille, le corbeau leur demanda :

–  » Connaissez-vous la ville de Brème ?
Je suis un agent artistique et je voudrais m’y rendre pour aider de jeunes talents. »

Le coq gonfla sa poitrine et dit :

– « Brème ?
Nous nous y rendons justement.
Venez avec nous.
Nous sommes attendus là-bas pour un cabaret. »

– « C’est le destin qui vous met sur ma route. » Répondit le corbeau, en pensant au pourcentage qu’il pourrait toucher sur ce premier cachet.

– « Non, c’est le destin qui vous met sur le notre. » Surenchérit le coq en pensant aux scènes qu’il avait promis sans aucun contact.

C’est ainsi que ce tintamarre de ramage et ce métissage de plumage continua sa route, un peu plus de rêves dans la tête de chacun.